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Réflexions

Adeline Gendron
Rédactrice

Souvent, on limite notre conception de la traduction au passage d'énoncés d'une langue à une autre. Certains, comme Le Petit Robert par exemple, ajoutent à cette définition limitée l'idée qu'une traduction doit tendre vers «l'équivalence sémantique et expressive des deux énoncés». De cette façon, ils évacuent les traductions littérales ou effectuées par une machine, les traductions qui ne respectent pas le sens des énoncés. Pourtant, toutes ces définition ne rendent pas compte de plusieurs enjeux de la traduction. En effet, et c'est là leur plus grande faille, aucune d'entre elle ne reconnaît la présence d'un intermédiaire entre la langue de départ et la langue d'arrivée : le traducteur.

Un des critères fréquemment utilisés pour juger d'une bonne ou d'une mauvaise traduction est sa fluidité. Ainsi, on jugera favorablement une traduction sans accrocs, sans brisures, en d'autres mots, une traduction dans laquelle le traducteur s'efface. Pourtant, comme toute lecture, la traduction est d'abord un acte d'interprétation. Ainsi, dans quelque langue que soit lu ou entendu un énoncé, le sens créé tient de l'enchaînement des mots et de la réception qu'on en fait. Il n'existe donc pas de sens véritable et solide inscrit dans un énoncé, mais différentes possibilités d'interprétation qui trouveront, ou non, preneur. Pour le traducteur, il s'agit donc de faire des choix parmi ces possibilités. L'obligation de faire des choix est évidente par exemple lorsqu'un traducteur s'attaque à la poésie. En effet, d'une langue à l'autre, la métrique et les rimes ne sont pas les mêmes. Souvent, un traducteur devra choisir de tendre vers un plus grand respect de la forme ou du sens. Bien que cela soit moins évident, les choix formels sont aussi présent dans des traductions plus théoriques ou scientifiques.

Les choix du traducteur ne sont pourtant pas seulement «littéraires». En effet, derrière chaque traduction se trouvent des choix sociaux. Ainsi, qui choisit-on de traduire? Et, surtout, de quelle façon choisit-on de le faire? Certains textes sont très éloignés des lecteurs d'aujourd'hui, par leur langue mais aussi par le contexte dans lequel ils ont été produits. Ainsi, le traducteur devra encore choisir, soit de ne traduire que le texte, laissant les marques contextuelles telles, au risque de perdre quelques lecteurs, soit d'adapter le contexte au lecteur contemporain, au risque, cette fois, de perdre en authenticité.

En somme, le traducteur doit faire des choix et créer en quelque sorte une nouvelle œuvre à partir d'une autre. Bien sûr, cette création doit se faire dans un minimum de considération pour l'œuvre à traduire. En d'autres cas, il ne s'agirait plus de traduction mais d'adaptation. C'est donc dans une position double que se situe le traducteur, à la fois «auteur d'une traduction» (Le Petit Robert toujours), mais aussi effacé derrière l'auteur de l'original.

 
 

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